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Faire son miel...

Par Le Taulier :: vendredi 25 décembre 2009 à 16:05 :: 01. Décembre 2009


Place Kléber à Strasbourg
(décembre 2008)


   Le (bon) goût, c'est assurément le dernier des sens qui échappera à la virtualisation généralisée, à l'ère du faux et du spectacle intégrés.


(Source photo : Vosges Tradition)


Christophe Borhen


La guirlande et les boules...

Par Le Taulier :: dimanche 20 décembre 2009 à 20:27 :: 01. Décembre 2009

   Je prétends qu'il est prématuré de parler du nourrisson qui va bientôt naître ou qui est déjà né en (lui) disant : "Doux Jésus..."


(Source photo : Transparences Productions & Mac Guff Ligne)

   Le nourrisson en question est en effet capable des (re)conversions les plus inattendues sinon les pires, son côté "humain" en somme...


(Source photo :
Eric Chamberlin)


   Je vous souhaite un très joyeux Noël et je vous dis à bientôt.

   Quant à celles et à ceux qui doutent de la véracité et de la vérité de l'avènement du Divin Enfant ou bien qui les refusent, qu'ils se rassurent : ils peuvent toujours farcir la dinde et/ou combler de bonheur leurs proches...


Christophe Borhen


Du libertinage encorné...

Par Le Taulier :: jeudi 17 décembre 2009 à 21:45 :: 01. Décembre 2009


Le Verrou
(Toile de Jean Honoré Fragonard, 1778)



   "Je vais plaider la plus ridicule des causes, la suprême bêtise : la passion des richesses, l'amour sentimental et le déplacement des astres."
   Charles Fourier in Le nouveau monde amoureux (1816)

   "Cette bacchanale ayant mis en feu la vieille Bassi, elle se mit à exciter son mari, à lui donner une preuve de tendresse conjugale, et lui de céder, pendant que le modeste Arlequin, qui s'était approché du feu, tenait sa tête penchée dans ses mains, et restait immobile. Heureuse de cette position, la Strasbourgeoise toute en feu, cédant à la nature, me laissa faire tout ce que je voulus et remplaçant sur le bord de la table la jeune Bassi que je venais de quitter, j'exécutai le grand-oeuvre dans toute la perfection, et ses violentes pressions me prouvèrent qu'elle avait été au moins aussi active que moi.
   À la fin de l'orgie je vidai ma bourse sur la table et je jouis de voir l'avidité avec laquelle on se partagea une vingtaine de sequins."
   
Casanova in Histoire de ma vie (Robert Laffont, collection Bouquins, tome 2, page 727)


   Avec la massification de l'érotisme, plus sûre ruse du Système pour l'évacuer par tous les orifices possibles, non sans l'avoir dépecé via nos tout à l'égo tentaculaires et nos tout à l'égout totalitaires, celui-ci dégouline sur papier glacé et sur la vaste Toile, et celui-ci n'en finit plus de dégueuler en des colloques et en des salons à lui consacrés - notez : quoi de plus fatal et de plus banal dans un monde enfermé sous une cloche consensuelle et conventionnelle, sous une cloche cool, dans un "monde réellement inversé le vrai est un moment du faux" (Guy Debord)... ?
   Et l'érotisme d'être filtré, tamisé, c'est-à-dire régénéré par les boutiquiers survitaminés et les usuriers botoxoïsés et viagraïsés du Système en leur Sainte Trinité dégoûtante et fétide : la fasciste succursale Spectacle-Commerce-Technique (nous l'appellerons le SCT) qui, de plus en plus, revêt les contours et les contenus d'une centrifugeuse doublée
d'une sanibroyeuse...
   Du coup, tout ce qui vise la dimension éminemment politique et révolutionnaire de l'érotisme, comprendre le libertinage, a été relégué à l'étage exclusif et terroriste de l'activité sexuelle, celle-ci adjointe des unanimes équipements dernier cri pour décorer sa maison et cultiver son jardin et, de la sorte, décongeler et micro-onder dans une cuisine azoïque et encastrable, et clopiner et croupir dans un grossier confort (futon et pouf, hammam et sauna, douche à jet rotatif et jaccuzi hydromasseur, table de gynéco et table à langer, oratoire capitonné et croix de Saint André, etc.), et, par effet d'entonnoir, à la pratique hebdomadaire et débonnaire, festive et sportive, balnéaire et en plein air, sur place ou à emporter, qu'est l'échangisme, sans omettre les productions dérivées en cinémascope et en technicolor que sont l'exhibitionnisme, le fétichisme, le mélangisme, le voyeurisme...
   Eh oui, on peut désormais "se faire" une soirée libertine (?) comme on s'organise une soirée raclette ou comme on s'offre un restaurant chinois. Et si on se faisait un chinois ?
   Le SCT nous en fournit d'ailleurs les "codes" - nous écrivons le substantif codes à dessein car, en effet, l'air du temps que d'aucuns nomment "Progrès" est aux codes électro-magnétiques qui, à la vitesse de l'éclair, l'emportent sur les clefs antiques et les verrous ancestraux ; c'est là un processus sécuritaire très sophistiqué qui congédie le grand Fragonard pour le dissoudre dans la géhenne de l'insignifiance, au mieux dans une corbeille sans fin et sans fond, unanime et normée, là où Bonne Maman arrose les céréales matinales de lait pasteurisé, et là où Bon Papa procède à l'implantation d'une piscine à la place de feu le potager -, et le SCT nous en renouvèle aussi, et automatiquement, les abonnements et les cartes de fidélité... Dès lors débarque l'impérieuse nécessité de nourrir son compte en banque, quitte à vivre à crédit ou bien à sauter en parachute dans quelque paradis fiscal, lequel paradis, au prix de savants jeux d'écriture, s'avèrera tout à fait légal...
   Oh, ne soyez pas inquiet, les franchisés du SCT ne manqueront pas de vous donner rendez-vous pour un providentiel marché de producteurs locaux, avec tout ce qu'il y a de plus beau, de plus bio et de plus bon, de plus bourgeois et de plus bohème, de plus équitable et de plus solidaire, et avec nocturnes en été s'il vous plaît, et ce pour que vous cessiez de disséquer puis de dénoncer les avatars, les dérives, les déviances, les abcès, les lipomes, les verrues et la pharmacopée placebo du Grand-Marché-Financier...

   Bref, assisterions-nous à la fin consommée du vrai libertinage, celui de ce si précieux dix-huitième siècle, hélas très vite guillotiné par les sans-culottes et les nouveaux clercs du dix-neuvième siècle avant d'être réduit en cendre par les sans-couilles et les petits pères du vingtième siècle ? Oui !
   Et les preuves d'affluer et le dossier d'enfler...

   Effectivement, le libertinage en tant que tel, plus justement tel quel, s'est désaristocratisé qui a joué cet autre air de l'enflée Castafiore : " Je descends du proscenium pour cirer les pompes de la plèbe "...
  Aussi bien, ce que fut le libertinage en esprit et en vérité, à savoir une aristocratie pour tous, s'est métamorphosé en une démocratie pour personne... Oui, le libertinage pur jus a bel et bien quitté la rive des dandys et des salons enivrants pour celle des branleurs et des foires avinées...
   Il est devenu "égalitaire", "provincial" et, pour tout dire, " social-démocrate" - là-dessus, voir Houellebecq dans Les Particules élimentaires, même si Houellebecq manque au grand style, mais là n'est pas le sujet...
   Il est devenu un ventre mou pour les concessionnaires et les majorettes du SCT qui n'ont plus rien dans l'estomac parce que, à force de repas de substitution puis d'anémies et d'anorexies en chaîne, le vital organe est troué de part en part...
   Il est devenu pathétique défilé sous les UV - mon Coco, il t'est désormais proscrit de chercher le Chemin et de trouver la Vérité sous le soleil de Satan ; de toutes façons les crétino-socialistes ont eu tôt fait de remiser le grand Bernanos au grenier des cathos sans corps et de la droite englobante et moisie... - et pitoyable casting sous les sunlights - ma Poupette, soir après soir tu revêtiras ton uniforme afin de rallier la proche boîte climatisée pour exécuter des pas de danse dignes d'un automate congestionné ou chloroformé...
   Il est devenu androgyne et aphasique, vide et virtuel, plus fichu de déplacer des montagnes pas plus que de bâtir des cathédrales...
    Il est devenu athée.

   Comme je l'écrivis naguère, en deux temps trois mouvements la Venise éternelle sodomisée par le bétonné Cap d'Agde, ses canaux d'air, d'or et d'eau vampirisés par des bains à remous et des soirées mousse réputés sulfureux mais en fait fort poisseux et savonneux...
   Les cochons ! ils ont liquéfié puis liquidé Casanova à leur comptoir carnavalesque et grotesque ; ils ont ordonné à son Eminence le Cardinal de Bernis de se travestir en héros vraiment poujadiste et faussement populaire dans un récit orchestré par un académicien recycleur ; ils ont extrait le sage Sade des antichambres sacrées et des boudoirs sucrés de la littérature et de la pensée pour l'exp(l)oser sur la place publique tout en le publiant dans la prestigieuse collection de la Pléiade, comme pour mieux l'embastiller au fond ; ils ont étouffé dans l'oeuf (" L'OEuvre à Usage Financier ", dixit Sollers dans Portrait du Joueur) les Furetière, Fougeret de Monbron, Vivant Denon, Cyrano de Bergerac, Crébillon Fils, Gassendi, Bernier et compagnie, et même Thérèse ne philosophe plus, et même les Lettres portugaises ont été jetées dans un carton déjà miteux et poussiéreux qui se décompose dans la cave de la Très-Grande-Bibliothèque-Cosmoplanétaire-et-Numérisée...

   Bref, le cheval de Troie du Système a su faire à l'endroit du libertinage ce qu'il sait faire de mieux quand il est blessé à l'encolure et gêné aux entournures : une censure à l'envers... Comment ? En le "génitalisant," en le "pornographiant", en le réduisant à sa seule dimension sexuelle, bref en le rendant obligatoire... De fait, le libertinage n'est plus un art de vivre, un postulat et une posture, un refuge et un refus, une option poétique levée sur l'essence et les sens et une orientation politique, une lutte au couteau contre l'immarsescible gloire des dieux et l'invincible pouvoir des hommes...
   Ce n'est désormais plus qu'une pratique hygiénique et touristique dévolue aux seuls baiseurs des fins de semaine, et aux juilletistes et aoûtiens en mal de sensations sur commande, parmi eux des couples modernes et ouverts en manque de
"convivialité", comme on dit dans le milieu, mais au vrai pas encore dégagés des obligations militaires...


   Ainsi, sous le soleil et les cigales, Monsieur aimera tripoter ostensiblement Madame, Madame au goût d'algue et de sel, sur les plages du Cap d'Agde - vous comprenez, le spleen et le stress parisiens transformés d'un seul coup de baguette magique en de ridicules filets d'eau engloutis dans le sable chaud, ça le fait... -, sans oublier de mater la bavaroise, là, à droite (forcément), allongée sur une serviette rouge et noire aussi douce que dérisoire, cuisses offertes au bleu du ciel et corps oint au monoï, qui, à son tour...
   Durant leur séjour, ils sortiront au moins une fois de leur camp naturiste (et retranché) pour se rendre dans leur boîte (bis) de prédilection,
L'Extasia (?), sise à Pinet (!), où Madame se découvrira (ou confirmera) talents cachés et autres vertus vicieuses, et où Monsieur se rincera l'oeil devant un couple en cage (et en nage) de lesbiennes intermittentes - et professionnelles - tout en sirotant Malibu orange sur Malibu orange...

   Bon, allez, rideau.

   Ce Fragonard quand on y songe, quel génial souverain des plis - et des replis...

   Amen.


De Eyes Wide Shut
(Long métrage de Stanley Kubrick, 1999)


Christophe Borhen


Tropisme(s)...

Par Le Taulier :: lundi 14 décembre 2009 à 18:57 :: 01. Décembre 2009




   En guise de réponse à une chienne de garde qui n'arrête plus de pisser dans ma boîte mail...

   " - Borhen ?

- Oui ?
- Il faut que je vous dise...
- Je vous écoute.
- Pourquoi tant et plus de femmes presque nues ou entièrement nues, en tout cas souvent accortes, en vos Lettres libres ?
- Pardon ?
- Vous faites bien de demander pardon. La femme-objet vous comprenez, y'en a marre.
- Vous avez du bol, d'ordinaire je ne cause pas aux casse-couilles.
- Donc aucune explication ?
- J'ai regardé tout ça de plus près espèce de mal-baisée ; eh bien figurez-vous qu'il y a sur ces pages beaucoup plus de bestioles et de plantes que de gonzesses à poil...
- Oui, et alors ?
- Et alors je ne suis ni cureton ni psy. "


Christophe Borhen


Octopus...

Par Le Taulier :: dimanche 13 décembre 2009 à 16:10 :: 01. Décembre 2009


Source photographie : Dinosoria


   Toujours, partout, la Pieuvre en ses tentacules caoutchouteuses et gluantes - le commerce arrogant, la publicité vulgaire, la communication rance, le libertinage génitalisé, l'amnésie installée, le millénarisme incrusté, le nominalisme métastasé, le nihilisme incrusté, le prêt-à-penser, le tout-jetable, etc. - me cloue au pied du mur en vue d'une crucifixion de longue date annoncée, mais Dieu merci sans cesse ajournée - je touche du bois -, non sans m'avoir servi une boisson vinaigrée pour étancher ma soif... C'est déjà ça.

   De ses yeux tantôt rentrés tantôt révulsés et de ses ventouses carrément plus ingénieuses que le divan le plus libérateur, le confessionnal le plus expiatoire, le catéchisme le plus eschatologique, le programme le plus rassembleur et la psychiatrie la plus lourde, la Pieuvre m'interroge ; elle m'accable et elle m'insulte aussi ; elle me rappelle mon triste sort qui est aussi le vôtre et, dans le meilleur des cas, me renvoie à mes chères études ; elle me radiographie de la tête aux pieds, me scannerise et me scintigraphie ; elle représente l'opérette maintes fois entendue et vue du cynisme et de l'ironie sur fond d'anarchisme bobo avec, en surprime, de la sueur au goût de flotte et du sang à l'allure de ketchup ; elle sectionne son homme et séquence mon genome et ce depuis bien avant l'holocène et le pléistocène ; elle me traque et me truque, me tord et me tue ; elle me file et me flique, me fiche et me filme ; elle déshydrate mes conquêtes et lyophilise mes combats ; elle m'immobilise et, les jours de fête - tout se célèbre et se commémore aujourd'hui... - ou de (faux) grand soir, m'octroie à l'occasion un quart d'heure warholien voire une élévation au statut d'Irremplaçable ; elle me réduit en poudre - la Pieuvre aime snifer... - ou en poussière - la Pieuvre aime aspirer...

   Parfois, la Pieuvre se prend même pour moi, mais ceci est une autre histoire qui pourtant figure de ce côté-ci de l'histoire, et de l'Histoire.

   Ah oui, j'allais oublier : il arrive que pour se défendre la Pieuvre procède à des jets d'encre.


Christophe Borhen


La faim du monde...

Par Le Taulier :: samedi 12 décembre 2009 à 19:25 :: 15. (Ex)citations


Source photographie : SIPA


" Si j'avais des oeufs je te ferais bien une omelette au jambon mais j'ai pas de jambon. "

Michel Colucci dit Coluche (1944-1986)

[En attendant...]


Fumée de poisson...

Par Le Taulier :: lundi 07 décembre 2009 à 17:55 :: 01. Décembre 2009


La Petite Sirène en mars 2007
(Quai de Langelinie à Copenhague)


" Aujourd'hui, on ne noie plus le poisson, on le grille. "
(Philippe Sollers)



   Comme toujours, ne pas faire l'impasse sur la lumière du phare, c'est-à-dire sur celle du poète :
   " Les viandes niaises, les poissons fades étaient exclus des soupers de cette sirène. Le champagne déshonorait rarement sa table. " Charles Baudelaire in La Fanfarlo (1847)

   Je vous rassure : au large, dans son dos - évidemment... -, les méthaniers, les pétroliers et autres monstres marins continueront de dégazer très tranquillement.


Christophe Borhen


Chocolat blanc...

Par Le Taulier :: mardi 01 décembre 2009 à 20:35 :: 01. Décembre 2009


Le MICR à Genève (Suisse)


   Il paraît qu'une votation aura lieu dimanche - c'est une dernière minute... -, et votre Taulier chéri, et toujours bien informé, de vous en livrer les termes dans leur intégralité :

   " Citoyennes et Citoyens de la Confédération, acceptez-vous ou non que les puissants et glorieux établissements financiers du pays le plus propre du monde, à savoir le nôtre, continuent d'accueillir dans leurs coffres-forts à triple fond, et, par-dessus le marché, sous l'immuable sceau du sacro-saint secret bancaire, de l'argent très sale provenant d'Al-Qaïda et d'autres officines, plus ou moins cernées et connues, dont la vocation chimique, en plus d'écraser l'infâme occident, est d'être le véritable équarrisseur de l'islam éclairé, instruit, modéré - cet islam, comme chacun (ne) sait (pas), tel un autre ferment de civilisation, tel un autre terreau de culture et de sagesse ? "

   Aux dernières nouvelles, Monsieur Günthardt, qui vient du reste de s'exprimer contre la construction des minarets dans son pays, mais qui, de temps à autre, aime bien fourrer sa grosse queue dans quelque petit cul local et prépubère, et ce à l'ombre de son riad de luxe à Marrakech, votera " non " : normal, il est banquier.

   De même, les services secrets du Guide de la Révolution en Iran et du président Mahmoud Ahmadinejad, ce dernier, au passage, ayant déjà été surpris dans un palace genevois au bras d'une pute de luxe bien blanche et dévoilée - de la tête aux pieds, dit-on... -, font le forcing pour que le " non " l'emporte : logique, ils ont plein de fric dans la banque que dirige Günthardt, par ailleurs grand mécène devant l'Eternel (oeuvres caritatives et humanitaires, art contemporain, etc.).

   Enfin bref.


Christophe Borhen


What else ?

Par Le Taulier :: lundi 30 novembre 2009 à 19:10 :: 15. (Ex)citations



" Le petit se leva et reprit son balai et le mit sur l’épaule. Il regardait son père. C’est quoi nos objectifs à long terme ? dit-il.

Quoi ?
Nos objectifs à long terme ?
Où as-tu entendu ça ?
J’sais pas.
Non, où as-tu entendu ça ?
C’est toi qui l’as dit.
Quand ?
Il y a longtemps.
Et c’était quoi la réponse ?
J’sais pas.
Eh bien . Moi non plus. Viens. Il va faire nuit. "

Cormac McCarthy in La route - traduction de François Hirsch (L'Olivier, 2008)


Adieu poulet(s)...

Par Le Taulier :: samedi 28 novembre 2009 à 18:35 :: 02. Novembre 2009




" Strasbourg, le 28 novembre 2009


   Monsieur le Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire,


   Tout d'abord, permettez cette confidence émanant d'un simple citoyen perdu dans la masse (et dans la nasse) : je ne savais pas que le titre officiel de votre haute et noble charge relevait autant du foutage de tronche, mais bon, point n'est là mon sujet.

   Ensuite, ceci : figurez-vous que faute de temps, mais surtout de bonne volonté, je suis au regret de vous annoncer que je n'apporterai pas quelque contribution au grand débat sur l'Identité nationale que vous avez souhaité initier - ce dont, j'en prends les paris, vous vous remettrez aisément.

   En outre, qu'il me soit permis
ici et maintenant de m'ériger en porte-parole de mon ami AR - préservons son anonymat, par les temps qui courent on ne sait jamais... - en relayant quelques bons morceaux d'un texte que je trouve " remarquable ", pour reprendre un épithète cher à l'idiosyncrasie verbeuse de l'autre agité...
   Voici :


   " J'ai de mes ancêtres gaulois l'oeil bleu blanc, la cervelle étroite, et la maladresse dans la lutte. Je trouve mon habillement aussi barbare que le leur. Mais je ne beurre pas ma chevelure.
   Les Gaulois étaient les écorcheurs de bêtes, les brûleurs d'herbe les plus ineptes de leur temps.
   D'eux, j'ai : l'idolâtrie et l'amour du sacrilège ; - oh ! tous les vices, colère, luxure, - magnifique, la luxure ;  - surtout mensonge et paresse.
   [...]
   Si j'avais des antécédents à un point quelconque de l'histoire de France !
   Mais non, rien.
   Il m'est bien évident que j'ai toujours été de race inférieure. [...] "


   Sur ce, je vous laisse : j'ai en effet prévu de me taper un excellent poulet aux morilles puis d'aller aux putes tout en fumant une bonne cigarette au tabac qui fait rigoler (mon côté français).

   Veuillez agréer, Monsieur le Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, l'expression de mes salutations distinguées.


Christophe Borhen "




La France à découvert...

Par Le Taulier :: mardi 24 novembre 2009 à 20:35 :: 02. Novembre 2009

   Eh bien oui, je viens de me convertir. Remarquez, ce fut sans douleur aucune dans la mesure où je n'ai rien eu à abjurer... Par souci d'honnêteté intellectuelle, précisons que jamais je n'ai cotisé ni milité pour quelque chapelle, quelque club, quelque loge, quelque parti. Pathétique et pleutre entre tous, je me suis toujours battu seul, et parfois contre moi-même, pas étonnant, dès lors, que ne figure pas le moindre trophée dans ma vitrine de mauvais goût.
   Mais voilà, aujourd'hui tout me paraît lent, long et lourd, tout me paraît vaseux et visqueux, et je suis las de marcher à reculons ou à tâtons pour prendre le taureau par les cornes afin de sortir le mouton de Panurge du sable mouvant dans lequel il s'enfonce inexorablement.

   Mais sans doute ce con de mouton, et ce con de mouton c'est aussi ma pauvre pomme - cette bestiole qui bêle sans arrêt dans l'attente de la tonte ou de la transhumance, ou de l'abattage allez savoir... -, eût dû dès le début du grand truc cosmoplanétaire être pris et compris dans sa seule " mollesse natale " (Flaubert) - ce que d'aucuns ont assimilé du reste...
  C'est dire s'il nous fallait un berger tutélaire, un vrai chef, un nouveau petit père du peuple, qui, avec son bourdon totémique et ses loups domestiqués, sache et veuille nous mener jusqu'aux prés d'herbes grasses, là où la nature (des choses) parvient à faire croire que nous sommes libres, absolument et définitivement libres, en dépit de nos carcasses à laine et à viande marquées et fichées, et en dépit aussi des chiens qui toujours ramènent les étourdi(e)s et les évadé(e)s dans le troupeau, y-compris les moutons noirs et les brebis galeuses - et mon cul ?

   Et ce berger, nous l'avons élu... Ouf !

   Alors oui, avec cet improbable berger, tout (re)devient possible, et le cheptel ne cesse plus de s'émanciper, et les moutons deviennent de plus en plus appétissants, et les brebis de plus en plus excitantes, et les agneaux de plus en plus en plus doux, et le troupeau de plus en plus obéissant sous la fausse allure de la diversité et le faux passeport de la commune identité - mais le berger est au-dessus de tout ça en son Vercors récupéré puis siliconé...
   Et le berger n'y va pas par quatre chemins, croyez-moi, et s'il le faut il est toujours disposé à se jucher sur des échasses pour prendre de la hauteur, voire pour être visionnaire, mais bon...

   Tenez, le berger dans ses oeuvres : " La burqua n'a pas sa place en France". (La Chapelle-en-Vercors, jeudi 12 novembre 2009.)

   Ah oui, une dernière chose, si vous ne comprenez pas ma conversion, pour tout dire si elle vous déçoit ou vous dégoûte - mais je connais bien mes fréquentations de gauche, elles ont une incroyable faculté, sinon une propension historique, pour se remettre de tout et de son contraire en deux temps trois mouvements, non sans scier la branche sur laquelle elles avaient péniblement pris place... -, n'oubliez surtout pas, avant de rallier ou de réfuter mon nouveau combat, initié - et de quelle manière ! - par mon (notre) élyséen chef suprême, oui, n'hésitez pas avant de déposer votre grain de sel ou de sable à cliquer ici...


Christophe Borhen


Des racines et des ailes...

Par Le Taulier :: lundi 23 novembre 2009 à 19:55 :: 02. Novembre 2009




   C'est toujours pareil : ça finit toujours par se parer de fleurs, de fruits et de feuilles.
   Alors moi, " lorsque reparaissent les beaux jours, je mets mon chapeau et je m'en vais." (D'après Paul Léautaud.)
   Du printemps et de l'été, le Système en parle comme du retour de la vie ou bien du retour à la vie.Tu parles...
   Que voulez-vous, je suis un (é)lecteur vicieux : quand je rencontre Une saison en enfer, d'instinct je me projette dans Trois saisons au paradis.

   Je crois en l'existence et en l'utilité sacrée des racines, mais je sais que les racines ne soutiennent que les espèces immobiles, aussi bien mon arbre généalogique s'étend sur toute la surface du globe, jusque dans les  déserts sablés et les prairies glacées et sous les eaux salées, et mon identité ne trouve son sens et son essence qu'au-delà des frontières de mon territoire déjà en jachère ; je crois en la permanence de la sève ; je ne crois pas en la mort qui se fait passer pour la mort.


   L'autre jour, sous le houppier de mon bouleau, debout dans le fût, tel un héros tragique le couteau à la main, j'ai gravé le mot immortalité dans l'écorce puis j'ai sauté jusqu'à la cime et j'ai volé...


Christophe Borhen


De rien...

Par Le Taulier :: dimanche 22 novembre 2009 à 20:35 :: 15. (Ex)citations


Source image

   " On peut observer, depuis quelques temps, au niveau de la plupart des blogs, des symptômes de faiblesse, de désaffection, qu’on désigne généralement par signes de fatigue. Vous avez noté ? C’est même, laissons là les euphémismes d’usage et osons une image simple : le désert au crépuscule. Tout le monde semble attendre que quelque chose se passe. Cou tendu sous la voûte céleste. Quelque chose de neuf.  D’inattendu, comme une météorite. Les trolls, petits marsupiaux des sables, sortent, prennent gaiement le pouvoir (lequel au juste ?) – les trolls, vous savez, ces petites bêtes pourtant pas si bêtes, même malignes comme tout, qui font tout pour que ça s’effondre, que ça se casse vraiment la gueule. (hihi ^^%¨¨%^^ kêêêk, té chié touâ dukon, kââk râââk…) Pour que le désert, qui n’en demandait pas tant, devienne fosse. Trou à rats. Soyons clairs : on est parfois troll sans le savoir. Sans le vouloir. On se croyait chameau, et puis non. On est là, dans notre petite existence blême, à taper sur notre azerty une petite phrase torve, qu’on espère soudaine et bousculante, venimeuse. Une phrase-crotale sortie des plis. Pour que le sable fasse une mini vague sous la lune. Et puis, rien. Rien de rien. La météorite n’arrive pas. Juste une rixe vite maîtrisée, vite oubliée, comme un caillou. "

En fait, guette l’ennui. "

Nicolaï Lo Russo in La brosse Gherta (6 novembre 2009)

[À noter que Nicolaï Lo Russo vient de publier Hyrok, un ovniesque roman chez Léo Scherr.]



Sans voix...

Par Le Taulier :: vendredi 20 novembre 2009 à 22:35 :: 16. In Memoriam


Corinne Gorse dite Kriss


   Dans La Sagesse d'une Femme de radio, co-édité par L'oeil neuf et France Inter, Kriss écrit ceci :

   " Dans deux minutes, l'antenne. Moment délicat où l'invité se décompose. Ses mains tremblent. Le faire rire. Où ai-je mis ma fiche ? Le distraire. Lui dire deux mots pour qu'il sente que j'ai compris ce qu'il vient défendre. Tenter une question comme on trempe un orteil dans la mer. Faire une gaffe, renverser mon verre, bafouiller, qu'il sache que c'est permis. Essais de voix. je mets mon casque. Mon casque c'est ma maison, mon cocon. J'écoute fort, à l'intérieur du son. J'entends les fêlures de sa voix, son souffle. Tout s'entend, la voix mouillée, la voix qui tremble, celle qui sourit, qui réclame. Les plaintes les plus lointaines sont inscrites dans la voix et les rires de l'enfance. Toutes ces voix qui s'envolent, invisibles et réelles. Est-ce bien raisonnable de déranger un satellite pour nos élucubrations ? Surtout ne jamais se poser cette question avant une émission. "

   Je me souviendrai longtemps de sa voix tantôt chaude et posée, tantôt vive et enjouée, sur les ondes de FIP et  de France Inter, mais ce soir, c'est moi qui suis (aussi) sans voix, et le crumble, pourtant l'un de mes gâteaux préférés, a soudainement le goût de crabe : Kriss est décédée hier.

[On aura à coeur de se rendre sur la page que lui consacre France Inter. On pourra lire aussi l'émouvant hommage que lui rend Eric Poindron.]


Christophe Borhen


Le bon choix...

Par Le Taulier :: jeudi 19 novembre 2009 à 20:35 :: 02. Novembre 2009

   Il n'y a pas si longtemps, un matin, j'ai été tiré du lit par la Muse de la Littérature - disons que dans le pays  endormi on lui a décerné ce titre ronflant faute de mieux.
   Elle se tenait debout, face à moi, nue, blanche, souriante, dans l'encadrement de la fenêtre qui donne sur la véranda.

- Bonjour Christophe.

- Bonjour Muse.
- Ecoutez ceci : " Il l'enlace. [...] Ils se taisent pendant le trajet. Quelquefois il demande au chauffeur d'aller le long du fleuve faire un tour. Elle s'endort, exténuée, contre lui. Il la réveille avec des baisers. "
- D'une nullité confondante.
- Je ne vous ai pas demandé votre avis. Alors, de qui est-ce  ?
- Je ne sais pas. Un indice ?
- Je vous propose ce choix : Valéry Giscard d'Estaing dans La Princesse et le Président ou Marguerite Duras dans L'Amant.
- Là, j'avoue que ça se complique.

   Et soudain la Muse a disparu, comme happée par l'appel du large ou appelée par la lumière du phare - j'hésite. En tout cas, je pense qu'elle a bien fait.


Christophe Borhen


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